Découverte

En ces temps de confinement, beaucoup de gens découvrent (et j’ajouterai, perfidement, pour certains innocemment) que certaines professions « dévalorisées » sont utiles et mêmes essentielles : caissier·e·s, livreurs, le personnel de La Poste, les enseignants …, non sans mentionner tout le corps médical, du plus petit, aide-soignants et accompagnateur de vie, au plus grand, médecins et réanimateurs, par exemple, et les chercheurs.

Bref, toutes ces professions ignorées, malmenées, sous-payées dans beaucoup de cas,  tous ces services publics qu’il fallait réduire car trop chers et plus efficace privatisés, reprennent de la visibilité au point de faire craindre un réveil social douloureux au gouvernement.

Pourtant, rien de tout cela n’est neuf et les alertes sont anciennes, il suffit de se rappeler les grèves dans les hôpitaux ces derniers mois. Et à ceux qui diront que c’était une grève catégorielle et spécifique, je renverrais au film Hors Normes, d’Olivier Nakache et Eric Toledano, sorti en 2019 et présenté en clôture du Festival de Cannes 2019.

Le film montre le travail, souvent difficile, mais toujours joyeux, de deux associations qui s’occupent d’adultes atteints de troubles psychiques, autismes notamment, et dont c’est le seul recours face aux institutions « normales ». C’est un film drôle, gai, optimiste, et qui ne cache rien d’une réalité dure, angoissante, et des difficultés que vivent les familles de ces adultes, mais aussi les associations face au système. C’est aussi un film sur la joie de vivre ensemble, quel qu’on soit. Il y a toujours de l’espoir.

Alors, à tout ceux qui oublient qu’il existe des pauvres,  des malades, des blessés de la vie, à tout ceux qui pensent d’abord à leur confort, leur croissance, leur compte en banque, regardez ces films qui vous parlent d’une réalité qu’on ne veut pas voir et arrêtons de dire qu’on ne sait pas et de découvrir que cela ne fonctionne pas quand il est déjà trop tard.

 

Biodiversité

Sur France Inter, le 31 mars 2020 en interviewant Esther Duflo, Léa Salamé semble douter de la pertinence des voix qui évoquent la nécessité d’un autre modèle, voix qu’elle appelle « les décroissants ». Ecoutons-là :

« On entend depuis le début de la crise beaucoup d’anti-mondialisation, de décroissants … »

ou plus tard :

« Donc ceux qui remettent en cause la mondialisation … »

Hors de question de juger bien sûr des convictions de Léa Salamé, mais ce n’est pas être un grand révolutionnaire ou un honteux décroissant anti-mondialiste que de reconnaître que la mondialisation est une des cause de la crise sanitaire que nous vivons.

Citons « un dangereux décroissant anti-mondialiste », Serge Morand, écologiste de la santé, Directeur de recherche au CIRAD (Centre de coopération international en recherche agronomique pour le développement) qui, dans une interview dans Le 1 du 18 mars 2020 sous le titre « Nous créons de nouvelles conditions écologiques propices aux épidémies » donnait plusieurs exemples de transmissions virales à l’être humain (maladies liées à l’animal, zoonoses) comme le virus Nipah en Malaisie au début des années 1990. Parce que l’être humain convertissait les forêts de Bornéo et Sumatra en cultures de palmier à huile, les chauves-souris qui vivaient dans ces forêts se sont réfugiées dans à proximité de fermes semi-industrielles, dans les arbres fruitiers et ont contaminé les cochons de la ferme et par suite l’être humain.  C’est un processus probablement identique qui est à l’oeuvre pour les coronavirus. Des chauves-souris ont contaminés les civettes, petits mammifères vendus sur les marchés asiatiques pour être vendus. « Le problème n’est donc pas la biodiversité, mais bien le fait de la perturber » dit-il en constant que le nombre d’épidémies de zoonoses est totalement corrélé au nombre d’animaux en voie de disparition. Et de d’ajouter

« (qu’)il faut mettre fin à ces échanges (mondialisés) et réhabiliter l’économie circulaire. En favorisant de nouveau l’agriculture locale, en relocalisant nos industries dans un bien meilleur milieu social et sanitaire, en arrêtant le transport des marchandises, on y gagnera non seulement au niveau sanitaire, mais aussi d’un point de vue économique et de bien-être ».

Ce qui se jouera après la crise sanitaire est là : « Comment éviter que cela recommence » ? ON aura le choix entre traiter les causes ou leurs effets,  soit on change de modèle, on remet en cause notre manière de vivre, de consommer, nos métiers mêmes, on redéfinit l’utilité sociale et les salaires qui vont avec, et on s’adresse aux causes, soit on se protège de tout et de tous, on s’enferme, on réduit nos libertés et notre ouverture en s’attaquant seulement aux effets. Ne laissons personne choisir à notre place.

Sources :
  • Le grand entretien du 7/9 de France Inter du 31.03.2020 avec Esther Duflo

Image d’en-tête : une civette africaine. Par John Gerrard Keulemans — http://www.finerareprints.com/animals/lydekker_cats/vol_animals_lyd_cat_2834.htm, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=266711