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Confiance ? un serious game pour la tester

Le nouveau monde se construira par la Confiance.

Seulement voilà, nous faisons tous quotidiennement l’expérience du mensonge, de la tricherie, de la duplicité. Même quand nous voulons être honnête, faire confiance, nous sommes souvent déçus et décidons souvent que cela ne vaut pas la peine et qu’il vaut mieux être circonspect voire se défier a priori.

Je suis tombé par hasard via l’univers Pixel du journal Le Monde (World Wide Wow, Chronique des (R)évolutions Numériques), sur une « serious game » fort intéressant, basé sur la théorie des jeux, consacré à la confiance.

Intitulé The Evolution of Trust : http://ncase.me/trust/,  le jeu permet de vérifier qu’elle est la stratégie la plus gagnante dans différentes situations en se basant sur différents types de comportements typiques et en faisant varier les contextes.

Afin de ne pas vous gâcher le plaisir de jouer et de découvrir la réponse en l’éprouvant au prisme de vos propres convictions, je ne dévoilerait pas la conclusion que je vous laisse découvrir vous-même.

Pour les non-anglophone, voici quand même un extrait de la conclusion, qui devrait vous inciter à jouer avec le soutien d’un ami qui maitrise la langue anglaise :

If there’s one big takeaway from all of game theory, it’s this:

What the game is, defines what the players do.
Our problem today isn’t just that people are losing trust, it’s that our environment acts against the evolution of trust.

That may seem cynical or naive — that we’re « merely » products of our environment — but as game theory reminds us, we are each others’ environment. In the short run, the game defines the players. But in the long run, it’s us players who define the game.

So, do what you can do, to create the conditions necessary to evolve trust. Build relationships. Find win-wins. Communicate clearly. Maybe then, we can stop firing at each other, get out of our own trenches, cross No Man’s Land to come together to all learn … to live and let live

S’il y a un grand message à retenir de toute la théorie des jeux, c’est celui-là :

Le jeu définit ce que les joueurs font.
Aujourd’hui , notre problème n’est pas seulement que les gens perdent confiance, c’est aussi que notre environnement contrecarre l’évolution de la confiance.

Cela peut sembler cynique ou naïf — que nous sommes plus ou moins les produits de notre environnement — mais comme nous le rappelle la théorie des jeux, nous sommes l’environnement des autres. A court terme, le jeu définit le joueur. Mais à long terme, ce sont les joueurs qui définissent le jeu.

Alors, faites ce que vous pouvez pour créer les conditions nécessaires pour faire évoluer la confiance. Construire des relations. Jouer gagnant-gagnant. Communiquer clairement. Peut-être alors, on pourra arrêter de se tirer dessus les uns les autres, quitter nos vareuses, traverser le No-Man’s Land pour se réunir pour tous apprendre … à vivre et laisser vivre.

Crédits : The Evolution of Trust : http://ncase.me/trust/
Image : « A Christmas Truce between Opposing Trenches » Illustrated by AC Michael. Published in The Illustrated London News, January 9, 1915. 

Bon jeu ! Et faisons-nous confiance !

Humanisme

J’aurai voulu vous parler du film de Ken Loach, Moi, Daniel Blake, mais nous sommes le jour d’après l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis d’Amériques. Impossible de ne pas faire un lien entre ces 2 sujets !

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Le film de Ken Loach met en scène un menuisier qui, suite à une crise cardiaque, ne peut plus travailler. Malheureusement le « décisionnaire » de l’allocation refuse la reconnaissance de son handicap ce qui prive Daniel Blake de revenus. Il peut faire appel de la décision une fois que celle-ci lui aura été officiellement notifiée par téléphone (même si il a déjà reçu la notification par courrier) à une date inconnue. Dans l’intervalle, Daniel pour toucher une aide doit être en recherche d’emploi (emploi qu’il ne pourra pas exercer du fait de sa maladie cardiaque). Problème : l’ensemble des démarches doit se faire sur internet (« Digital by default ») alors que Daniel ne sait pas se servir d’un ordinateur.

On assiste à quelques scènes hilarantes à force de surréalisme, entre une administration vissée à des procédures figées d’où l’humain est exclu (impossibilité de faire des déclarations papiers, durée d’attente au téléphone longue et surfacturée, nombre et preuves de recherche d’emploi impossibles à réunir, …) et la méconnaissance de l’outil informatique (utilisation de la souris, temps alloué à l’utilisation de l’ordinateur libre-service trop court, …) par Daniel.

A côté de cette administration déshumanisée, les humains du film sont, eux, très humains. Jamais, Daniel Blake n’arrête d’avancer et de chercher une solution,. Certains employés de l’équivalent de Pôle Emploi, les jeunes utilisateurs des ordinateurs, ou encore le voisin débrouillard de Daniel, n’hésitent pas amicalement à l’aider et à le conseiller. On sent une solidarité dans l’adversité entre tous.

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Moi, Daniel Blake, je demande une date pour mon appel avant de crever de faim et changez la musique des téléphones

Solidarité que, d’ailleurs, Daniel Blake met lui-même en oeuvre en aidant une jeune mère de famille et ses 2 enfants, rencontrés à Pôle Emploi, fraichement débarqués dans la ville et sans ressources. En contrepoint des procédures et autismes du système, la relation d’échange et de solidarité entre Daniel et Katie et ses 2 enfants est un modèle d’équilibre et de respect mutuel.

Sans dévoiler la fin du film, les phrases qui le conclue décrivent l’espoir d’un monde pour monde à l’humanité retrouvée, pour un monde où le citoyen serait respecté et entendu, pour un individu reconnu et pris en compte. C’est tout le sens de « Moi, Daniel Blake, … ».

Certains pourront dire que la victoire de Donald Trump aux USA a été obtenue auprès des pauvres en réaction au système que dénonce Ken Loach. A l’opposé du discours d’exclusion et haineux de Trump, Ken Loach oppose un discours de tolérance et d’humanisme.

Peut-être Trump prétend-il défendre les « petites gens » contre « le système », mais j’ai la conviction qu’il renforcera les contrôles et la déshumanisation des relations au motif de lutter contre la fraude et les détournements du système, plutôt que de bâtir un modèle de relation basé sur la confiance et le respect des individus.

Oui, il faut changer de système, il faut changer le Système. Mais il y a différentes manières de le faire. Trump, Le Pen, Sarkozy, Erdogan, Poutine, Orban, pour n’en citer que quelques-uns (et pardon pour les autres que j’ai omis ;-)) sont les hérauts d’une forme intolérante et totalitaire. Podemos, Bernie Sanders et quelques autres en incarnent une autre. Mais cette liste des porteurs d’un autre modèle est courte et vacillante. Il nous reste à inventer et construire une autre manière de vivre ensemble, une autre manière de concevoir les rapports humains, une nouvelle façon de remettre l’humain au centre, une nouvelle approche de la gestion collective du bien commun. Trump a gagné, le système tue des Daniel Blake, CONSTRUISONS, DISCUTTONS, AGISSONS !

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Je Suis Charlie – analyse

Je Suis Charlie, bien sûr, comme des millions de personnes à travers le monde, mais qu’est-ce que cela signifie et qu’est-ce que cela implique ?

 

Si l’heure est à l’hommage, à la solidarité et à la communion avec les victimes, se limiter à la manifestation d’une émotion ne peut pas être la seule réponse collective aux événements de cette semaine.

Je Suis Charlie parce que je crois et je défend la liberté de la presse et la liberté d’expression. Je ne lisais pas Charlie Hebdo, et ne suis aucunement qualifié pour juger du contenu parce que je ne le connais pas, mais rien ne justifie qu’on assassine un journaliste, dans quelque partie du monde que ce soit, pour son travail.

Je Suis Charlie parce que je crois qu’aucune terreur, qu’elle soit physique, morale, politique ou économique, ne doit aliéner la liberté. Ni censure, ni auto-censure, ni loi d’exception, ni diktat, ni règle édictée par une instance morale ou religieuse, ne peuvent limiter une liberté fondamentale.

Je Suis Charlie parce que je veux résister à l’oppression morale, à la bien-pensance encadrée et moralisatrice.

L’important maintenant est ce qu’il se passera demain lorsque l’émotion sera retombée.

Je veux croire que ce sera l’occasion d’une réflexion sur la tolérance et le respect d’autrui. Que l’on soit religieux ou athée, aucun amalgame ne peut être fait entre le terrorisme fanatique des uns et la pratique religieuse, culturelle des individus. Le fanatisme, le terrorisme, qu’ils soient religieux ou politiques, ne sont que des expressions déviantes contre lesquels il faut résister, non par la peur et le rejet, mais par la tolérance, le respect et l’intégration.

Quand j’entends des responsables politiques envisager de « nouveaux dispositifs » en matière de sécurité (Valls) ou à « nommer les choses, libérer (la) parole » contre « l’islamisme radical » (Le Pen), je suis inquiet.

On peut choisir de sortir par le haut, en œuvrant pour le « vivre ensemble », pour reconstruire localement, des solidarités, de l’ouverture, de l’inclusion, ou bien, choisir la voie du contrôle, de l’oppression, de l’exacerbation des différences, du communautarisme. Cette deuxième voie est celle de la réponse facile, celle de l’émotion, celle du renoncement, celle d’une forme de totalitarisme.

Certains diront que c’est d’une guerre dont il s’agit. Oui, probablement, certains totalitaires instrumentent le fanatisme et le terrorisme et voient dans les guerres une solution facile et un moyen de mieux contrôler les peuples.

Mais, je suis certain que les guerres se gagnent par le combat des peuples, par la solidarité, par la résistance, par la résilience à l’oppression, ni par les armes, ni par les armées, ni par les états.

Ne laissons pas la peur envahir nos consciences et nous empêcher de construire un monde plus juste et plus humain.

Une idée qui relie

On en reparlera, mais je ne peux résister à publier cet extrait :

Dans une de leurs brochures, des opposants à la construction de la ligne ferroviaire Lyon-Turin écrivent : « Que signifie être No TAV ? C’est partir d’un énoncé simple : « le train à grande vitesse ne passera jamais par le Val de Suse » et organiser sa vie pour faire en sorte que cet énoncé se vérifie. Nombreux sont ceux qui se sont rencontrés autour de cette certitude au cours des vingt dernières années. A partir de ce point très particulier sur lequel il n’est pas question de céder, le monde entier se reconfigure. La lutte dans le Val Susa concerne le monde entier, non pas parce qu’elle défend le « bien commun » en général, mais parce qu’en son sein est pensée en commun une certaine idée de ce qui est bien. Celle-ci s’affronte à d’autres conceptions, se défend contre ceux qui veulent l’anéantir et se lie à ceux qui se trouvent en affinité avec elle. »

 

Extrait de A nos Amis, du Comité invisible, La fabrique éditions, page 187.

A suivre.

r > g – Conférence Thomas Piketty sur TED

En complément de la note précédente sur les monnaies locales, je vous invite à écouter la conférence de Thomas Piketty donnée à TED Salon à Berlin en Juin 2014 sous le titre New thoughts on capital in the twenty-first century (que je traduirai par Une nouvelle manière de penser le capital au 21ème siècle).

Certes, elle est en anglais (avec sous-titres en anglais) et nécessite quelques bases de finances, mais le message est clair : les revenus du capital sont aujourd’hui supérieurs à l’augmentation de  la richesse due à la croissance. Autrement dit,  le capital peut ne consacrer que 20% de sa richesse à l’investissement pour maintenir sa richesse à un niveau égal à celui que produit la croissance de l’économie. Ceci conduit à une perpétuation infinie de la concentration de la richesse dans les mêmes mains. Et la conclusion est qu’il faudrait commencer à mettre en place un début de taxation de ces richesses pour, d’une part, avoir une meilleure compréhension des mécanismes économiques, et, d’autre part, commencer de contre-balancer le principe d’accumulation des richesses.

Bien sûr, cette présentation ne remet en cause ni le capitalisme, ni la croissance. Il est néanmoins intéressant de constater le succès qu’à eu le livre de Thomas Piketty, le Capital au 21ème siècle, notamment aux Etats-Unis d’Amériques, et de voir que l’inégalité dans l’accumulation de capital pouvait être une question à adresser.