Manhattan

Les séries télévisées américaines approchent souvent une réalité que les mots et les discours peinent à transmettre.

manhattan-3C’est le cas dans la série en 2 saisons Manhattan. Elle raconte la création et la mise au point dans le plus grand secret de la bombe atomique (« le gadget ») dans une base du désert du Nouveau Mexique.

Enjeu technologique, certes, mais aussi débat moral sur les effets de la bombe et son utilisation. Alors que la lutte contre le nazisme et la nécessité de devancer les allemands dans la maitrise des technologies nécessaires à la réalisation d’une bombe atomique sont prédominants pendant les 2/3 de la série, la capitulation de l’Allemagne n’interrompt pas les recherches et les préparatifs d’un « test » en grandeur réelle.

A ce titre, la saison 2 est essentiellement centrée sur les problèmes d’espionnage (soviétique, notamment) et sur les questions éthiques liées à la bombe. Comment faut-il l’utiliser pour arrêter la guerre ? Une explosion restreinte, minimisant, voire évitant les morts civils, serait-elle suffisante pour marquer suffisamment les esprits et servir de dissuasion suffisante pour empêcher les guerres mondiales et l’utilisation de cette technologie dans une guerre ?

manhattan-4Le discours prononcé par Charlie Isaacs, présenté dans la série comme le responsable scientifique du camp de Los Alamos et adjoint de Oppenheimer, dans l’épisode 9 de la saison 2 est éloquent. Il défend la nécessité d’accepter la monstruosité de l’utilisation de la bombe sur une ville et de maximiser les victimes civiles pour créer un effet de choc massif et éviter la guerre en cours et prévenir toutes les suivantes. Hiroshima et Nagasaki, les 5 et 9 août 1945, ont été les victimes de ce raisonnement.

Faut-il savoir sacrifier quelques-uns pour sauver la masse (« sacrifrice the few to save the many ») ?

Ce débat peut paraître lointain, si on se réfère à l’énormité du poids moral de la décision de bombarder 2 villes et de faire entre 100.000 et 250.000 morts sans compter les morts postérieures liées au cancer.

Pourtant des exemples récents, toutes proportions gardées, montrent que cette question reste essentielle. De la sécurité d’Israël aux lois de renseignements et autres espionnages des populations, du fichage à l’enfermement préventif des « possibles » terroristes, il est toujours possible pour un gouvernement de justifier les raisons pour lesquels il prive de libertés certaines personnes ou sa population. Il suffit de regarder ce qui se passe en ce moment en Turquie.

La question n’est donc pas de savoir qui a raison, qui a tort. Mais de avoir où se situe le contrôle et devant qui se matérialise la responsabilité de la décision (accountability).

Tant que la décision et son contrôle restent secrets, tant que les personnes impactées par la décision, même a posteriori, ne peuvent pas évaluer le résultat par rapport aux attentes initiales, toute décision prise par quelques-uns au nom du « peuple » est de nature totalitaire.

Manhattan n’omet pas d’aborder cette question en évoquant le rôle et les méthodes des services secrets pour lutter contre l’espionnage, méthodes où l’arbitraire n’est jamais loin.

Comme elle évoque rapidement l’impact écologique et médical des retombées radioactives sur l’environnement et les populations.

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Au final, une série à voir que je recommande.

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